Blog
Communication et stratégie digitale

Les 5 commandements de l’activisme digital

Sommaire
Vous avez un projet ?
Edouard
Couturier
3/9/2020
Partager

L’action militante est en pleine évolution. Autrefois, uniquement physique, elle se développe aujourd’hui sur le numérique. Le but ultime ? Convertir les idées virtuelles en événements concrets. Du terrain au digital, place à nos 5 commandements pour devenir un cybermilitant, éthique et efficace.

"I can’t breathe", a été le dernier cri de vie de Georges Floyd, le 25 mai dernier. Ultima verba et une déflagration internationale sur les inégalités raciales. La pandémie de coronavirus bat son plein mais les assoiffés de justice et d’équité bravent le danger. Les Américains hurlent leur colère sur les réseaux sociaux et dans les rues.

Quelques jours plus tard, le monde entier rejoint leur combat autour du hashtag #BlackLivesMatter. Les luttes se retrouvent et dans notre hexagone, on en profite pour réitérer notre demande de #JusticePourAdama. Deux hashtags, des millions de posts et photos des rassemblement de soutien envahissent la toile… Plusieurs jours de contestations où des dizaines de milliers de personnes s’unissent pour défiler en mémoire de ces hommes noirs morts lors de leur interpellation par la police… Leur unique faute ? Avoir été des hommes de couleur.

Majoritairement coordonnés en ligne, ces mouvements récents illustrent la puissance même des plateforme sociales en matière de structuration des mouvements sociaux. Immersion dans l’univers de l’activisme digital.

L’activisme digital : Késako ?

Commençons par un petit tour sur Wikipédia. L’activisme digital ou le "cybermilitantisme", selon les termes de l’encyclopédie collaborative partagée, "désigne les différentes formes de militantisme pratiqué sur internet". Rien de bien sorcier !… Loin des blocus de mai 68, aujourd’hui, l’activisme commence sur les réseaux sociaux.  Loin est le temps où l’on démarchait les associations ou les entreprises sur le terrain. En 2020, pour tenter de rassembler protestantes et protestants, on se connecte sur ses comptes Twitter, Facebook, Instagram ou même Tik Tok. La poudre prend feu. L’ampleur décuple. Pour la seule bonne raison que l’audience est sans limite.

Sentez-vous prêts à mettre votre pâte à l’édifice ? Place à nos commandements spécial cybermilitantisme.

1. Se lancer dans le militantisme digital

Pire qu’un labyrinthe interminable, la tête vous tourne et vous ne savez pas par où commencer ? Débutez modestement et privilégiez le local, tendance tellement actuelle ! Prospectez autour de chez vous et dénichez des organisations et des groupes qui mènent des combats qui vous intéressent. La plupart du temps, ces différents groupes disposent d’une liste de moyens et de propositions permettant de s’impliquer sur leur site web ou réseaux sociaux.

2. Choisir sa cause avant de communiquer digitalement

Ivre de curiosité, passionné par plusieurs luttes, telle est votre évidence ? Faites donc confiance à la notion d’efficacité. Pour être pleinement impliqué et investi, il faut, malheureusement et heureusement, faire un choix. Mieux vaut courir un cheval à la fois, ne l’oubliez pas !… Prenez le temps de vous interroger sur vos envies actuelles. Pensez-y à tête reposée et laissez vos idées mariner quelques jours. L’ activisme prend du temps et puise beaucoup d’énergie : une raison de plus pour choisir un combat qui vous passionne et que vous serez prêt à défendre, corps, clics et âme !

Trio de tête : lutte anti-raciale…

Aujourd’hui, un trio de tête tire son épingle du jeu dans le militantisme 2.0 : les inégalités raciales, l’écologie et le féminisme. Nos voisins britanniques sont un des précurseurs de cette digitalisation de l’activisme. Dès 2017,  Amika George, du haut de ses 17 ans, lance une campagne sur les réseaux sociaux : #FreePeriods. La jeune initiatrice désire mettre sur la scène publique le débat autour de la précarité menstruelle. L’histoire prend de l’ampleur et fait grand bruit : plus de 2.000 personnes se donnent rendez-vous devant le 10 Downing Street afin de faire pression sur Theresa May, Première Ministre britannique à l’époque. Après un long bras de fer avec le gouvernement, la lutte paie : les protections périodiques deviennent gratuites et en libre service dans tous les collèges et lycées du Royaume-Unis. La militante anglaise est soudainement érigée en source d’inspiration féministe. Le collectif Les Glorieuses tentent alors, elles-aussi, de briser ce tabou de notre côté de la Manche avec leur campagne #StopPrécaritéMenstruelle.

… Féminisme…

Une première vague est lancée dans le féminisme contemporain et une déferlante de collectifs éclaboussent les réseaux sociaux. En 2018, c’est la naissance du collectif #NousToutes, enfanté par la journaliste et militante féministe Caroline De Haas. Entièrement digitalisé, le groupe souhaite alerter sur les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Avec dévotion, ses membres dénoncent notamment l’indifférence dans laquelle les victimes meurent quotidiennement et appellent à des actions concrètes de la part du gouvernement français. "Ras le viol", "Quand on aime, on ne tue pas", "Des réformes avant qu’on soit morte", "Féminicide, à qui le tour ?", "Plus écoutées mortes que vivantes"… La vague violette n’a pas fini d’inonder la toile et de chahuter les rues françaises.

… Et écologie !

C’est également en 2018 que l’activisme pro-écologie prend de l’ampleur sur le net : 60 Youtubeurs et militants font le pari de s’engager via "On est prêt", une campagne créée pour mobiliser et sensibiliser la jeune génération, à l’urgence de la situation environnementale. Durant un mois et quotidiennement, les intervenants décident de lancer des défis écolo à leur communauté. Ludiquement, on propose l’idée de vider sa boite mail dans le but de réduire son empreinte numérique, troquer sa bouteille d’eau en faveur d’une gourde afin de limiter sa consommation de plastique… Comme aurait dit notre Président de la République : "Make a planet green again !". Et ce n’est pas les sujets d’engagement qui manquent : Sans abris, environnement, cause LGBTQA+ ou encore le racisme et l’antisémitisme… Face à vous, un choix royal !

À lire aussi >>Réseaux sociaux : comment gérer les haters ?

3. Définir une mission militante digitale

Plus vous serez organisé, plus vous deviendrez efficace ! Quelque soit la cause pour laquelle vous choisissez de vous engager, établissez une mission claire avec des objectifs réalisables. Un soupçon de courage et vous obtiendrez la recette magique pour acquérir un large soutien et ainsi, améliorer vos chances d’obtenir des résultats bénéfiques.

Rappelez-vous, soyez précis dans la définition de votre rôle et de vos actions. Voulez-vous être sur le terrain, au coeur de l’action ? Préférez-vous informer, participer à la gestion de l’organisation ? Ou diriger la mobilisation digitale ?…

4. Twitter, Instagram, Facebook, vos meilleurs alliés !

Twitter, Instagram, Facebook ou encore groupes Whatsapp... Diffusez en masse auprès de votre réseau. Envoyez des pétitions ou encore des posts à vos contacts. Toutefois, ne vous précipitez pas et prenez certaines précautions. Avant toute chose : vérifiez vos sources. Les fake news sont le plus grand maux des réseaux sociaux.

Avant de relayer n’importe quelle information, vérifiez, croisez, plusieurs fois vos sources. Privilégiez les sources fiables et officielles. A vos risques et au péril de vous décrédibiliser, vous, et la cause aux yeux de tous.

Dans un second temps, n’ayez pas peur des hashtags et choisissez-les soigneusement lorsque vous composez vos publications sur les médias sociaux. Ainsi, votre contenu sera automatiquement classé par catégorie pour votre audience. Souvenez-vous : les informations que vous diffusez publiquement sont visibles par tous les utilisateurs de la plateforme. Un incroyable outil pour permettre à vos âmes soeurs d’idéologie de se connecter facilement.

5. Méfiez-vous des dérives des réseaux sociaux

L’activisme, c’est comme marcher sur des braises en sommeil. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes, souvent issues des minorités, dénoncent le comportement ou les propos des activistes, peu ou même pas concernés de manière directe par la cause. Un sentiment de vol, de dépossession plane sur le monde du militantisme. Des causes comme le féminisme ou LGBTQIA+ ont assisté à l’émergence de groupes focalisés, par exemple sur les personnes racisées.

Beaucoup ne se sentaient pas écoutés, compris, ou totalement représentés dans les organisations déjà existantes. Finalement, il faut mettre de côté son égo et retenir que le plus important demeure de diffuser des voix qui comptent et éviter de se substituer à la place des concernées. On peut citer Assa Traoré et son combat qui est seulement organisé autour d’une cause de justice social : dévoiler la vérité, quatre ans après, la mort de son frère après un contrôle policier.

Est-ce peut-être ici l’essence même du militantisme ? La voix des personnes touchées donne le ton d’une campagne de lutte. Premières victimes et premiers acteurs pour proposer des solutions qui élèveraient tout le monde.

Attention aux requins du net !

Zone de combat où tous les coups sont permis, les médias sociaux ont vu leurs dérives s’amplifier ces dernières années. Harcèlement quotidien, message d’insultes à cause de l’ engament, des actions, du genre ou de la condition humaine… Vous allez devoir vous armer d’une épaisse carapace pour résister à la pression des réseaux sociaux. En juin 2019,  Anaïs Bourdet, fondatrice de Paye Ta Shnek, projet féministe qui dénonçait le harcèlement dans l’espace public en recueillant puis publiant des témoignages via un formulaire Tumblr, décide de mettre fin à son activité. Et elle n’est qu’une victime parmi tant d’autres d’une oppression virtuelle incessante.

C’est l’émergence d’un nouveau maux : le "Burn out du militant". Il est évident qu’une charge mentale titanesque s’accroît au fur et à mesure que les followers affluent. Car si on a salué l’importance du concept et salué l’engagement, les militants sont souvent sollicités à outrance. Jusqu’à l’épuisement.

L’activisme digital est sans frontière, sans limite. En deux mots ? Ampleur et rayonnement. Ampleur de portée, ampleur de mobilisation, rayonnement sans faille, rayonnement digitale… Mais aussi parfois, ampleur des dégâts collatéraux et rayonnement du cyber-harcèlement. Il était une fois une histoire qui s’écrit en ligne. Il était une fois une façon de militer encore à l’aube de ses possibilités. Il était une fois un engagement déterminé associé à une force de frappe virtuellement sans frontière. Et vecteur essentiel d’un changement nécessaire.